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01/02/2010 | Françoise Chollet

Françoise Chollet

Sacrée Championne de France aux 24h (course à pied) de Séné en 2009, cette Briouxaise de 50 ans est devenue l'une des valeurs montantes de l'ultrafond. Elle participera donc au Championnat du Monde en mai prochain, organisé à Brive-la-Gaillarde. Portrait d'une athlète qui court après l'exploit, poussée par un seul moteur : le plaisir !

Depuis quand courez-vous et à quel rythme avez-vous progressé depuis ?

Je cours depuis 1994. Avant je pratiquais divers sports en salle (step, abdos, cardio-training, musculation...) et je faisais du squash.  Ma soeur courait, une amie aussi, moi je m'y suis mise un peu par hasard, et j'y ai pris goût assez vite. Du coup, j'ai cherché à intégrer un club, et j'ai rejoint l'UACB (Union Athlétique Cantonale Briouxaise), une section du Stade Niortais Athlétisme. J'ai commencé par des footings d'une demi-heure, puis d'une heure, avant de m'attaquer aux 10 et 20 km. Ensuite je me suis fixé comme objectif de participer à un marathon. Objectif atteint deux ans plus tard, à La Rochelle, avec une performance encourageante : 3h22. L'année suivante, je battais mon record sur 10 km avec 42'44", sur semi-marathon en 1h34 et sur marathon en 3h18. J'ai vu que j'étais endurante, et que je détenais un réel potentiel pour progresser.

A partir de quel moment vous êtes-vous attaqué à l'ultrafond (100 km et plus) ?

Je me suis préparée toute seule, en constituant des plans d'entraînement deux-trois mois avant, puisés dans des ouvrages spécialisés, et que j'ai personnalisés. Je me suis lancée sur mon premier 100 km en 2003 à Belvès (100 km du Périgord Noir). J'ai terminé en 10h30. Depuis, j'ai participé à cinq "100 km". Aux mythiques 100 km de Millau, en 2005, mon temps (10h24) m'a permis de décrocher la 3ème place féminine. C'est une course extrêmement difficile. J'ai vécu quelque chose de très fort, émotionnellement et sportivement. L'année suivante, aux 100 km de Chavagnes-en-Paillers (Vendée), la particularité du parcours (une boucle plate de 25 km) m'a permis de faire un très bon chrono (9h28).

Comment avez-vous abordé les 24h de Séné en 2009 ?

Dès 2008, j'avais été contactée par l'ultrafondiste niortais Bernard Gaudin (conseiller technique à la fédération française d'athlétisme), qui me croyait capable de courir mon premier 24h, mais je ne me sentais pas prête. Je me suis donné un an avant de revenir vers lui et de m'impliquer sérieusement dans la préparation nécessaire à ce type de course. En 2009, pour mes 50 ans, je me suis donc lancée un véritable défi en participant à ce Championnat de France. Je ne partais pas favorite, mais pour autant assez confiante. Mon premier objectif était évidemment d'aller au bout. Le deuxième : de passer les 200 km. Objectifs atteints : j'ai parcouru 212 km ! Bernard avait estimé que je pouvais aller jusqu'à 200-210 km, d'après mes résultats sur le 100 km. Il ne s'était pas trompé !

Que s'est-il passé dans votre tête tout au long de cette course, déterminante ?

C'est une petite boucle de 1,340 km, mais je n'ai ressenti aucune lassitude. Ça surprend toujours mais quand on court sur 24h (de 10h à 10h), on ne pense à rien, on ne voit pas le temps passer. Avec le public venu nombreux encourager les concurrents, les animations organisées le long du parcours, et l'excitation que l'on ressent d'être là, on prend avant tout beaucoup de plaisir. Je ne me mettais absolument pas la pression, rien ne m'impressionnait, bien au contraire : je plaisantais, je m'amusais, j'avais toujours le sourire ! Je ne me suis arrêtée qu'une seule fois, au 100ème kilomètre, après 10h30 de course. Une pause de... 8 minutes ! Le temps de manger (un potage et un gâteau de semoule), pendant que l'on changeait ma tenue, puis que l'on me massait. Le reste du temps, le ravitaillement s'opère de manière sporadique, on s'arrête très peu de temps, on mange par petite quantité (trois cuillères de purée-jambon par exemple). Pour m'hydrater, j'ai tourné au potage et au thé miel toute la nuit. Tandis que certains redoutaient la tombée de la nuit (génératrice de fatigue), moi au contraire j'attendais ce moment avec impatience. Je travaille de nuit comme aide soignante, mon métabolisme est donc habitué à ce rythme-là. Il ne faisait pas très chaud, j'étais équipée en conséquence (collants, manches, bonnet, gants), mais le circuit mi-route mi-chemin était très agréable. Je suis remontée tout doucement au fil de la nuit, et dès que j'ai gagné la 1ère place, vers 5 h du matin, je ne l'ai plus lâchée. Quand j'ai dépassé les 200 km, je pensais que j'avais gagné le droit de marcher, mais on m'a dit "non, non, non !" (éclat de rires).

A l'arrivée, comment avez-vous géré cette immense joie collective ?

J'ai été littéralement portée par le public pendant la course. Nous avions aussi la possibilité de recevoir des messages, que nous lisait l'animateur, et ça nous encourageait fortement. A l'arrivée, j'ai reçu énormément de messages de félicitations.  Etre sacrée Championne de France a provoqué beaucoup d'émotion au sein de notre petite équipe briouxaise, qui a pleinement partagé avec moi cet événement extraordinaire. C'est un peu ma deuxième famille, et dans des moments aussi forts, les liens se resserrent considérablement (d'autant plus que mon mari et mes enfants n'avaient malheureusement pas pu m'accompagner ce jour-là). J'étais euphorique ! Pour l'anecdote, quand je me suis posée, j'avais terriblement envie d'une bière pression (rires) !  Je suis sportive, mais je n'en reste pas moins une bonne vivante ! On me l'a servie, mais je n'ai pas pu la boire, de peur d'être malade. Après, quand la presse m'a sollicitée, j'étais plutôt génée. J'ai eu beaucoup de mal à réaliser ce qui m'arrivait, mais j'étais bien entourée, et je me suis adaptée. Finalement, la notoriété m'a aidée à prendre la pleine mesure de l'exploit.

Au vu de votre ascension sportive, quel est votre meilleur atout ?

Je suis très régulière dans la course. Mais avant toute chose, je reste toujours très à l'écoute de mon corps. Au fur et à mesure de mes participations aux 100 km, j'ai appris à bien me connaître. Je me programme un régime alimentaire adapté à ce type de compétition. Je suis également suivie par un kinésithérapeute et un ostéopathe. Mais sur le plan musculaire, je n'ai jamais rencontré le moindre problème : sans doute le bénéfice de toutes ces années à "pousser de la fonte" en salle ! Je soulevais 100 kg en squat (jambes) et 80 kg en développé couché (pectoraux). J'ai fondu depuis, mais cette constitution musculaire m'a aidée à ne pas me faire mal, c'est évident.

Comment abordez-vous votre préparation pour le Championnat du Monde ?

Mon titre de Championne de France m'a permis d'être automatiquement sélectionnée en équipe de France pour le Championnat du Monde, qui aura lieu les 13 et 14 mai prochains à Brive-la-Gaillarde. Je vais me préparer avec l'appui technique de Bernard Gaudin, comme l'an dernier. Mon programme va démarrer à la mi-février (soit 3 mois avant).  Pour les courses, je constitue mon calendrier en fonction de mes envies. Je compte améliorer mon temps, mais je recherche avant tout à prendre du plaisir, en variant les difficultés. J'ai participé au trail hivernal du Sancy le 24 janvier (Mont-Dore). Faire 30 km dans la neige (4h30), ça fait travailler le foncier !  Prochaine date : le 17 février. Une date particulière puisque je vais parcourir 80 km pour les 80 ans de mon père. Je prendrai la route avec Claude, l'un de mes amis de l'UACB, dont le père fêtera son anniversaire le même jour. Mais lui, il devra courir 5 km de plus (sourire) ! Le 7 mars, je serai au départ de la 2ème édition du trail hivernal de l'Aubrac (25 km) à Saint-Urcize, et le 28 de celui du 3ème Marathon de Montauban. Puis début avril, je pars en stage avec la Fédération Française d'Athlétisme, à Andrézieux près de Saint-Etienne.

Que ressentez-vous à l'idée d'intégrer l'équipe de France ?

Je rejoins Anne-Cécile Fontaine, Anne-Marie Vernet, Brigitte Bec, Karine Herry et Sylvie Peuch. C'est passionnant de se "frotter" à l'élite. Certaines ont été sacrées Championnes du Monde par équipe en Italie, l'an dernier. Pour ma part, je considère que je n'ai pas à me sous-estimer, même si les autres présentent un palmarès impressionnant. Je mérite ma place en équipe de France.

Comment vous organisez-vous, au quotidien, dans la perspective de cette date clé ?

Je suis actuellement en stage à l'hôpital de Niort, dans le cadre d'une validation des acquis de l'expérience (VAE) pour obtenir le diplôme d'aide-soigante, le métier que j'exerce à l'EHPAD de Chef-Boutonne. Cela me demande beaucoup d'efforts pour réussir à la fois ma préparation sportive et ma formation professionnelle. Les calendriers ne s'accordent pas forcément, il faut jongler. C'est une année cruciale pour moi, je dois impérativement acquérir de nouveaux modules, mais je ne pouvais pas renoncer au Championnat du Monde. C'était maintenant où jamais, puisque le titre de Championne de France constitue un ticket d'entrée pour le Championnat du Monde. Et on ne sait pas ce que l'avenir nous réserve...

Quelle performance visez-vous à Brive ?

J'aimerais aller au-delà des 212 km, et pourquoi pas des 220 km, puisqu'il semblerait que j'en sois capable. Ceci dit, si je devais ne pas réintégrer l'équipe de France l'an prochain, ce ne serait pas une catastrophe pour moi. Contrairement à bon nombre de coureurs, qui se laissent griser et déstabiliser par une pression trop forte, après une première sélection (puis une seconde, une troisième...), je ne me projette pas.

Et après ?

Suite à mon titre de Championne de France, les organisateurs des 48 h de Surgéres m'ont contactée pour y participer. J'ai décliné l'invitation elles auront lieu quelques semaines seulement après le Championnat du Monde, et je dois penser à la récupération.
En revanche, je vais participer au Grand trail des Pyrénées (80 km, 5 000 m de dénivelé positif), en vue d'obtenir les points requis pour participer, en 2011, à l'UTMB (Ultra Trail du Mont Blanc : 166 km, 9 600 m de dénivelé positif). En 2009, j'ai découvert "la petite soeur" de l'UTMB, le "Coumayeur-Champex-Chamonix" (98 km et 5 600 m de dénivelé positif, à parcourir en moins de 26 h). C'est une épreuve magique ! Physiquement et psychologiquement c'est très dur, mais l'accueil des spectateurs à l'arrivée vous donne le frisson, c'est grandiose. J'ai terminé 3ème de ma catégorie. Du coup, je suis impatiente de faire l'UTMB.

De quoi rêvez-vous ?

De participer au très mythique Marathon de New York ! Il aura lieu le 7 novembre 2010. Je suis d'ailleurs à la recherche de sponsors, pour financer mon voyage.



Pour suivre l'actualité du club de Françoise Chollet http://uacb.over-blog.com

Plus d'informations sur le Championnat du monde de Brive sur www.24h-brive.fr

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